On nous dit souvent qu’il faut faire son deuil. Comme s’il existait une marche à suivre, un cap à atteindre, une ligne d’arrivée après la douleur.
Mais pour beaucoup, cette formule sonne creux. Que signifie “faire son deuil” quand la perte reste là, vivante, présente à chaque instant ?
Peut-être que le deuil n’est pas quelque chose qu’on “fait”, mais quelque chose qu’on traverse, qu’on habite, parfois sans jamais en sortir tout à fait.
Une formule pratique, mais réductrice
Dire “faire son deuil” rassure. Cela donne l’impression d’un chemin balisé, d’un processus clair.
Pourtant, dans la réalité, le deuil n’a pas de mode d’emploi.
Certaines personnes pleurent, d’autres se taisent.
Certaines continuent à parler à l’absent, d’autres rangent tout pour ne plus y penser.
Il n’y a ni bonne ni mauvaise manière de réagir : il y a juste la vie, dans ce qu’elle a de plus humain.
Le deuil comme expérience, pas comme objectif
“Faire son deuil” suppose une fin, une guérison. Pour beaucoup, il s’agit plutôt d’un mouvement continu.
Le manque ne disparaît pas ; il se transforme.
L’absence trouve sa place, petit à petit, parmi les autres présences.
Et il arrive que la douleur revienne, sans prévenir — un parfum, une chanson, un souvenir. C’est normal. Le deuil n’avance pas en ligne droite.
Plutôt que de “faire son deuil”, on peut simplement vivre avec, en cherchant des formes de paix, de mémoire, ou de sens.
Vivre avec ce qui reste
Apprendre à vivre après une perte, c’est aussi rencontrer une nouvelle version de soi, un soi façonné par cette épreuve. Ce que l’on croyait stable se fissure parfois, mais dans cette faille, quelque chose pousse : la lucidité, la tendresse, une autre manière d’aimer, plus profonde et plus consciente
On ne “tourne pas la page” — on change de regard sur l’histoire, on engage un dialogue intérieur avec nos souvenirs, transformant notre peine en un allié qui nous guide vers une résilience insoupçonnée. C’est un parcours parsemé de réflexions, de découvertes et d’une acceptation douce de notre transformation intérieure.
Les rituels, les souvenirs, les gestes symboliques peuvent aider et sont à définir par chacun.
Mais le véritable apaisement ne vient pas d’un effort de “deuil réussi” : il vient du temps, du lien, et de la liberté qu’on s’accorde pour cheminer et traverser cette épreuve.
Le poids des mots, la légèreté du vivant
Dire à quelqu’un “tu dois faire ton deuil”, c’est souvent maladroit car qui sait vraiment ce que cela veut dire ?
Le deuil ne se fait pas : il se vit, à sa manière, dans la durée nécessaire, dans le désordre, dans l’amour.
Peut-être qu’il n’y a rien à “faire”, finalement.
Peut-être que le deuil n’est pas une tâche, mais une conversation lente avec l’absence.
Une manière de rester vivant, même quand tout semble s’être arrêté.
Et si “faire son deuil” ne veut rien dire, c’est peut-être parce que le deuil, lui, parle déjà — silencieusement, profondément, en chacun de nous.

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